Newsletter novembre 2017 – n° 2

Bonjour à tous,

La distribution des disques Speakers Corner et des imports américains a connu des tribulations peu heureuses en cette année 2017, je tiens donc à m’excuser auprès de tous ceux qui ont attendu trop longtemps leurs disques. Nous avons essayé de remédier à cela et pourrons même désormais assurer des commandes régulières de disques importés des États-Unis. À ceci près qu’il ne faut pas trop vous fier aux dates de sorties annoncées par les sites des éditeurs, car les usines de pressage accusent parfois un retard de livraison pouvant aller jusqu’à six mois. Comme quoi, le retour du vinyle n’a pas que des avantages…

À noter que nous représenterons le label Speakers Corner au salon Haute Fidélité les 18 et 19 novembre prochains.


Voici une sélection qui, je l’espère, illuminera votre mois de novembre.

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Invitation gratuite au salon Haute Fidélité

Bonjour à tous,

Nous sommes très heureux de vous inviter au salon Haute Fidélité qui se déroulera le week-end prochain, samedi 18 et dimanche 19 novembre à l’hôtel Marriott Paris Rive Gauche, 17, boulevard Saint-Jacques – 75014 Paris. Métro Glacière. Horaires : 10 heures à 19 heures.

N’hésitez pas à venir retirer votre invitation gratuite au magasin cette semaine !

Vous nous trouverez au niveau 0 (voir plan ci-dessous). Nous proposerons, entre autres, l’essentiel des catalogues Speakers CornerAnalogphonicSam Records et leurs dernières nouveautés. Mais aussi, et pour la première fois, les vinyles et CD Megadisc Classics. Nous partagerons notre stand avec notre partenaire : les câbles Legato, dont vous pourrez apprécier les qualités exceptionnelles grâce à un dispositif d’écoute sur place.

En comptant sur votre présence, je vous souhaite une excellente semaine.

À noter que le magasin sera fermé le samedi 18 novembre.

Bien cordialement,
Rémi Vimard

« Eroica », opus majeur

Speakers Corner Records réédite la Symphonie n° 3 dite « Héroïque », de Beethoven enregistrée à la fin des années 1950 avec le Columbia Symphony Orchestra par le chef d’origine allemande Bruno Walter. Très mal accueillie par la critique lors de sa création, celle-ci est là pourtant une des pages orchestrales les plus extraordinaires de Beethoven. Retour sur la vie de ce compositeur hors norme et écoute comparée de quelques interprétations majeures de cette œuvre-clé du grand répertoire.

Beethoven naît à Bonn en 1770 et grandit dans un environnement intellectuel et musical stimulant. Les signes précoces de son talent musical sont exploités de façon assez rude par son père, chanteur dans la chapelle de la cour de Cologne. Il effectue au printemps 1787 un bref voyage à Vienne où il fait la connaissance de Mozart mais cette rencontre s’avère infructueuse.

En novembre 1792, Beethoven se rend une nouvelle fois à Vienne pour y étudier cette fois-ci avec Joseph Haydn. Il ne quittera plus la capitale autrichienne. Il s’impose, notamment dans les milieux aristocratiques, par ses talents d’improvisateur au piano, composant beaucoup pour cet instrument — sonates et concertos notamment. Sa première symphonie ne sera jouée toutefois qu’en 1800. La même année, il termine la série de Six quatuors à cordes, opus 18. Les œuvres composées par la suite, dans les premières années du XIXe siècle, montrent qu’il a parfaitement assimilé le style classique viennois.

« Symphonie à la mémoire d’un grand homme »

La période s’étendant de la Symphonie n° 3, commencée en 1803 et terminée en 1804, à la Symphonie n° 8, publiée en 1812, est souvent qualifiée de décennie héroïque. La troisième symphonie est composée du reste dans l’esprit de la Révolution française, avec dédiée à « Buonaparte » que Beethoven admire à cette époque. Toutefois, lorsque Bonaparte se fait couronner Empereur, Beethoven arrache la page de titre de sa symphonie et modifie la dédicace en la remplaçant par « Symphonie à la mémoire d’un grand homme ». À l’issue de sa première exécution publique à Vienne le 7 avril 1805, la critique qualifia cette œuvre majeure d’« assommante, interminable et décousue ».

La surdité croissante, décelée pour la première fois en 1789, suscite chez lui un sentiment d’isolement social de plus en plus fort. C’est dans les années 1810 que Beethoven atteint le sommet de sa gloire. Devenu totalement sourd vers 1818, Beethoven communique dans ses dernières années avec des carnets de conversation sur lesquels les visiteurs écrivent ce qu’ils ont à dire, lui-même répondant oralement. Dans les années 1820, la gloire de Rossini porte ombrage à celle de Beethoven. La création de la Neuvième Symphonie en mai 1824 n’en est pas moins un grand triomphe personnel. Beethoven meurt en 1727 à Vienne et plusieurs milliers de personnes suivront son convoi funéraire.

L’œuvre de Beethoven est très vaste. Il mènera à son terme le style classique de Haydn et de Mozart, mais avec une exaltation des sentiments personnels inconnue avant lui. Les œuvres de la dernière période de la vie de Beethoven se définissent toutes par leur caractère très personnel, d’une grande audace formelle, souvent admiré mais rarement égalé.

 « Avec Beethoven le compositeur
devient un artiste indépendant
vivant de sa production »

Beethoven changea la perception du compositeur, jadis considéré comme un artisan travaillant sur ordre de l’Église ou d’un aristocrate protecteur, désormais artiste indépendant vivant de sa production. Son influence musicale fut à la fois vaste et assez limitée — l’imiter était pour beaucoup de musiciens inenvisageable. Par bien des aspects, l’exemple de Beethoven fut souvent paralysant, notamment pour Schubert qui lui tourna le dos, puis Brahms. Pour la symphonie et le quatuor à cordes, ce n’est que dans les dernières années du XIXe siècle, et dans les premières du XXe, avec Bruckner, Mahler et Schoenberg que l’héritage beethovénien fut pleinement assumé.

Bruno Walter ou l’art du conteur

Bruno Walter a toujours eu beaucoup d’affinités avec les symphonies de Beethoven qu’il a enregistrées plusieurs fois à partir des années 1930 et jusqu’à la fin de sa carrière à plus de 80 ans. Fort intéressants sur le plan interprétatif, ces phonogrammes les plus anciens bénéficient malheureusement d’une prise de son médiocre, en rapport avec les techniques de captation de l’époque, qui les rendent, à mon sens, pas très agréables à écouter. Pour les inconditionnels, on nommera néanmoins l’enregistrement majestueux de janvier 1941 avec l’Orchestre philharmonique de New York.

À l’écoute de cette célèbre « Héroïque » mise en boîte en 1958, nous constatons que le style Walter n’a pas vieilli : gestes larges, sens remarquable de l’architecture – Allegro con brio –, goût du détail, magnifique étagement des plans sonores  – Adagio assai –, grand enthousiasme de la battue – Scherzo… Il nous en dit plus même sur Beethoven que de jeunes chefs actuels, plus attentifs au métronome qu’à autre chose.

Le maestro nous conte une épopée haute en couleurs : l’enthousiasme est constant. La poésie aussi.

Un témoignage splendide de l’un des plus grands chefs du XXe siècle que nous avons la chance de pouvoir entendre dans de parfaites conditions techniques.

Dans les versions historiques, on citera la solennité d’Otto Klemperer, qui divise les mélomanes les plus avertis mais il y a une telle présence orchestrale qu’on se laisse séduire.

On évoquera sans hésiter l’intégrale des symphonies de Beethoven dirigées par Herbert von Karajan (enregistrement des années 1970) qui baignent dans un éclat sonore radieux et des tempi époustouflants. Bonne prise de son également.

Enfin, dans les versions récentes, on saluera le travail fougueux d’Emmanuel Krivine à la tête de sa Chambre philharmonique sur instruments d’époque : un travail bien charpenté, un sens averti de la couleur et de l’équilibre, un style allant et délié où l’esprit mélodique de Beethoven s’épanouit idéalement.

Sur le marché du vinyle audiophile actuel, l’enregistrement de Bruno Walter s’impose tant par sa qualité musicale que sonore.

Philippe Demeure
pour Analog Collector

COLUMBIA/SPEAKERS CORNER MS 6036
Note technique : 09/10 – Magnifique prise de son claire, aérée et dynamique. Bel étagement des plans sonores. Pressage de qualité. Une réussite.

 

Petites annonces hi-fi des clients*

*Annonces gratuites pour les clients du magasin. Les ventes se font entre particuliers et n’engagent en aucun cas la responsabilité de la société Analog Collector, qui met gracieusement cet espace à la disposition de sa clientèle.

À VENDRE
(novembre 2017)

• TRANSFO FIDELITY RESEARCH FRT-3 Gold (MC 10 & 30 OHMS) 400 €
• MEUBLE AUDIO MAGIC PRODUCTION 2 NIVEAUX (tubes gris et étagères noires) 600 €
• CELLULE PIERRE CLEMENT L 7 B (fixation pour bras Clément, neuve, écrin d’origine) 650 €
• TRANSFO POUR CELLULE MC 3 OHMS (TYPE ORTOFON SPU, LYRA DORIAN Mono) 250 €
• PRE-PRE POUR CELLULE DENON DL 103 (sur batterie, type Hiraga mais plus HDG) 300 €
• PREAMPLI PHONO SOUNDSMITH MCP 2 (pour cellule MC – neuf démo) 650 €
• CABLE NUMERIQUE NEODIO 100 €
• CABLE SECTEUR PURIST AQUEOUS AUREUS 1,5 m (démo -valeur 1 600€) 720 €
• CABLE SECTEUR PURIST AQUEOUS AUREUS 2 m (démo -valeur 1 735 €) 780 €
• PAIRE CABLES HP PURIST VENUSTAS 1,5 m (démo -valeur 2 140 €) 950 €
RENSEIGNEMENTS AU MAGASIN

• CONVERTISSEUR (DAC) AUDIO NOTE KIT L4 upgradé (valeur 3 000 €) vendu 1 500 €
M. PILLIER 06 82 99 06 20

• PLATINE KUZMA Stabi S PS (alimentation) + option double plateau 3 500 €
M. BIZOT 07 86 07 50 19

• AMPLI A TUBES CONRAD JOHNSON Premier 11A (Bon état – tubes KT 88 Genalex, tubes d’entrée Tung Sol et Electroharmonix + lot de tubes) 700 €
• LECTEUR CD à tubes SICOMIN NIRVANA Bidule 225 €
• AMPLI CASQUE PRO-JECT Head Box 3 (TBE, 3 entrées lignes et 2 sorties casque) 50 €
M. CANETTI 06 70 58 41 05 

• PLATINE GARRARD 401 (sur socle bois) + bras SME 3012 + cellule Shure corps bakélite 2 000 €
M. CLERO 06 51 64 93 29

• PLATINE VERDIER MODIFIEE AUDITORIUM 23 (parfait état, avec embase bras A23)
3 500 €
• PREAMPLI à lampes SUN AUDIO SVC 500 (préampli ligne) 900 €
• AMPLI INTEGRE à lampes JCA « Jeff » (Jean-Claude Allhinc / La Cave aux Tubes) 2X15W- tubes 6V6 NOS 800 €
M. KASALA 06 15 50 13 60

• PLATINE GARRARD 401 + bras SME 3012 (socle long et capot d’origine) 1 700 €
M. TIPREZ  06 82 06 96 91

• TRANSFO POUR CELLULE MC 3 OHMS POUR LYRA DORIAN Mono 200 €
M. LARDE 06 31 36 31 85 ou 01 43 03 37 90

• PAIRE CABLES HP SYNERGISTIC RESEARCH Alpha Quad Speaker Wire X Serie S
(fiches babanes – 2 X 2,40 m – valeur 575 €) 230 €
M. PAGE 01 42 38 23 17 (page-claude@orange.fr)

• PREAMPLI NAIM NAC 102 + alimentation NASPC
+ carte phono Stageline intégrée (pour cellule à bobine mobile MC) 599 €
M. DEMEURE 06 62 76 43 23

• AMPLI INTEGRE A TUBES LUXMANN SQN 10 (Etat neuf – valeur 1750 euro) 1300 €
M. BONNEFOY 01 42 23 40 55

• TUNER McINTOSH MR 80 (coffret bois – bon état) 650 €
M. FIHMAN 01 42 40 59 44

• PREAMPLI PHONO SOUNDSMITH MMP3 (pour cellule MM – excellent état) 250 €
M. BENKIMOUN (fabrice.benkimoun@yahoo.fr)

• BRAS DENON DA 302 en état exceptionnel (boîte d’origine, support et porte cellule dédié indispensable, deuxième porte cellule en ébène offert) 500 €
• PLATINE LE TALLEC STABI 1(triple plateau verre et feutre, capot plexi dédié) 400 €
• RARE AMPLI CASQUE TALISMAN T3H (excellent état) 350 €
M. HESPEL 06 80 61 60 79

• PLATINE VINILE TTWEIGHTS GEM, (entraînement par galet, bras SME 312, cellule LYRA DORIAN stéreo) 4700€  (VENTE POSSIBLE SANS BRAS NI CELLULE)
• PROTRACTOR DB SYSTEMES (pour réglage du bras) 40 €
M. ROUSSEAU 06 32 75 20 66

• PREAMPLI AUDIO RESEARCH SP10 MKII (en très bon état, certificat FIDETECH)
4 500 €
• PREAMPLI CONRAD JOHNSON PV 8 (excellent état) 800 €
• AMPLI AUDIO RESEARCH D125 (parfait état, carton + notice, certificat FIDETECH avec tubes usine neufs) 2 500 €
• PEACHTREE Nova 125 neuf (carton, notice) 1 100 €
• PREAMPLI ARS C21 et AMPLI ARS A 50 (50 watts -ensemble à lampes – parfait état) 2 000 €
• AMPLI ELECTROCOMPANIET « Limited Anniversary Edition » (parfait état et révisé) 1 800 €
• MAGNETOPHONE A BANDES REVOX PR99 (état neuf et révisé) 1 000 €
• CONVERTISSEUR DAC STAX X1T (parfait état, avec deux tubes « platinium » neufs) 4 700 €
M. KURTA  06 16 27 29 31

• TRANSFO POUR CELLULE MC LYRA ERODION (RARE – TBE – valeur neuf 3 400 €)
1 800 €
M. GONTIER 01 44 07 10 36

• LECTEUR CD ATOLL CD 100 (prix public 950 €) 300 €
M. DENNERY 06 16 12 47 65

• ENCEINTES STRAD AUDIO ADA (HP large bande 95db – 2010 – prix public 6000 €) la paire 2 800 €
M. FANGILLE 06 13 45 05 37

• ENCEINTES PIERRE-ETIENNE LEON ALEGRIA 3 200 €
M. CHOUVIN 06 16 24 51 06

• AMPLI DE PUISSANCE A TUBES JADIS DA 5 (TBE, révisé et retubé Doc Tubes en 2012) 700 €
• ENCEINTES MAGNEPAN 1.5 QR (TBE de fonctionnement mais tissu à changer) 500 €
M. SPIELMAN 06 14 63 93 09

• PLATINE EMT 930ST (avec suspension EMT, cellules EMT TMD 25 et TSD25, préampli 155ST et pre-ampli 155 Mono, socle en marbre et coffre) 4 000 €
• BLOCS MONO CARY CAD-572SE (572-3 Svetlana, 6SN7 Sylvania, 6DN7 et 5U4-GB américains) 1 750 €
M. GUIBOURG 06 07 57 83 99


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CHERCHE : DISQUES VINYLES AUDIOPHILES ET CD AUDIOPHILES ; BANDES MAGNÉTIQUES ENREGISTREES ; MAGNÉTOPHONES NAGRA, STELLAVOX, STUDER ; PLATINES THORENS TD 124, 125, 126, 127, 520, PRESTIGE & REFERENCE, GARRARD 301, 401, MIKRO SEIKI RX 1500, RX 3000 et RX 5000, VERDIER ; BRAS FIDELITY RESEARCH FR-64 FX & FR-66 ; ÉLECTRONIQUES CELLO,  MARK LEVINSON… ENCEINTES : AUDIO NOTE, ROGERS LS 3/5A, LS 5/9, SPENDOR S 100/SP 100, TAD EXCLUSIVE 2402…
RENSEIGNEMENT AU MAGASIN : 01 42 21 90 29

CHERCHE AUDIO RESEARCH VT 130 SE (ou 150 SE si prix raisonnable) bon état cosmétique et de fonctionnement.
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CHERCHE REVUES HAUTE FIDELITE ANCIENNES: Nouvelle Revue du Son, Hi-Fi Stéréo, Son Mag.
CHERCHE MATÉRIEL HI-FI EN PARFAIT ÉTAT : PERREAUX PMF 1850 ou 2350, THORENS RESTEK Vector ou Tensor, AUDIOLABOR Flink, Rein ou Schnell, DENON PRA 2000 RG et POA 3000 RG, AUDIO RESEARCH LS 5, CITATION XX et XXP, KRELL KSA 50 et AUDIO STANDARD, BK EX 44, MARK LEVINSON ML 320 S.
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La « Symphonie fantastique » ou la naissance de l’orchestre moderne

Un monument à la gloire de l’orchestre

La Symphonie fantastique d’Hector Berlioz est un véritable monument du XIXe siècle. Un monument de la musique symphonique, de l’imagination, du modernisme et de la musique tout court. La maîtrise technique dont fait preuve le compositeur en matière de forme, d’harmonie, d’orchestration et de connaissances sur les possibilités techniques des instruments est tout simplement stupéfiante. La manière avec laquelle il parvient à imaginer la sonorité de ses audaces créatrices, à transformer sa fantaisie en notes qui atteignent la perfection, à ne rien laisser au hasard, relève du génie.

Berlioz connaît ses prédécesseurs, mais c’est la découverte des symphonies de Beethoven qui l’enthousiasme par-dessus tout. Sans les imiter, il donne une nouvelle dimension à ce répertoire. Dès l’origine, il souhaite composer une grande symphonie autour d’un thème – épisode de la vie d’un artiste – qui serait quasi-réaliste, teintée d’éléments autobiographiques, mais qui évoquerait aussi un songe (peut-être sous l’effet de l’opium). Plus tard, Berlioz affirmera que cette vie d’artiste était entièrement imaginaire. On a beaucoup écrit à ce sujet qui est loin d’être clos. On parle de première véritable musique à programme mais aussi de naissance de l’orchestre moderne.

La Symphonie fantastique explore les frontières de l’impossible et de la folie

On pourrait presque s’étonner de voir un jeune homme, âgé d’à peine 27 ans, composer pareil chef-d’œuvre. Mais il est habité par le désir de créer une partition exceptionnelle et rien de l’entrave, ni le manque de maturité, ni la routine. La Symphonie fantastique, créée en 1830, est surtout le fruit d’une grande érudition musicale et musicologique qui explore les frontières de l’impossible et de la folie.

Mitropoulos et Berlioz, une somptueuse évidence

En 1959, avec Mitropoulos à la tête de l’Orchestre philharmonique de New York, la musique de Berlioz s’épanouit dans un univers sonore opulent, d’une vivacité rythmique et mélodique peu commune. Ici, rien de convenu, et tout, pourtant, semble aller de soi : proportion, équilibre, densité du discours. Précision du trait, nuancier des couleurs orchestrales fourni, tout révèle ici une direction magistrale. Puissance du premier mouvement, vigueur irrésistible du second, urgence du finale, richesse harmonique… tout ici est simplement somptueux.

La concurrence la plus directe à l’enregistrement de Mitropoulos réédité par Speakers Corner (Columbia MS 6030) est la version de Charles Munch,  mise en boîte en 1954 sous les couleurs du label RCA. À la tête de l’Orchestre philharmonique de Boston, le chef français impose ses talents de conteur en distillant savamment le grandiose ou la grâce, le prévisible ou l’inattendu et fait bien plus que séduire l’oreille. Il sait la captiver autant que Mitropoulos.

Autre proposition passionnante, la version moderne de Pierre Boulez, chez Deutsche Grammophon en 1997, avec l’Orchestre de Cleveland, d’une habileté technique et stylistique très sûre dans une belle acoustique. On évoquera aussi la version « historiquement informée », datée de 1993, de John Eliot Gardiner chez Philips. L’Orchestre révolutionnaire et romantique s’y pare de mille feux crépusculaires. Le jeu des instruments du XIXe siècle est d’une fraîcheur et d’un équilibre sans égal. C’est divin à écouter, qui plus est dans d’excellentes conditions techniques.

Quatre visages d’une musique singulière et puissante, quatre propositions de qualité qui rendent difficile un classement définitif. J’avoue néanmoins un petit faible pour la version de Mitropoulos pour sa magnificence et ses contrastes orageux. Et dans un tout autre registre, pour l’enregistrement décapant de Gardiner.

Philippe Demeure
pour Analog Collector

Note technique : 09/10 – Orchestre large, bien défini avec une bonne localisation des pupitres. Léger souffle nullement gênant. Très bonne dynamique. Pressage de qualité.

Sibelius est-il vraiment le plus mauvais compositeur du monde ?

Bien que la plupart des œuvres de Sibelius soient devenues des tubes du répertoire classique dans les pays anglo-saxons et asiatiques, la France continue de se méfier du plus grand compositeur des pays scandinaves. Sa musique y est peu jouée et dans leur ostracisme, les Français pèchent surtout par ignorance. Il faut dire aussi que le rejet de cette musique, jugée réactionnaire et folklorisante par le courant sériel (mené par Pierre Boulez), et la diatribe de Leibowitz, pour qui Sibelius était « le plus mauvais compositeur du monde », n’ont pas facilité à faire connaître l’œuvre du compositeur finlandais. Fort heureusement, son art fait depuis quelque temps l’objet d’une lente réhabilitation au sein des musiciens français, notamment de l’école spectrale (Dufourt, Grisey, Murail…) et gagne peu à peu du terrain dans la programmation des salles de concert. La musique de Sibelius n’est pas d’un abord facile, un rien sévère, elle doit être apprivoisée. Cet univers fait de variations délicates, de tensions, de violence contenue… peut sembler déroutant à la première écoute. Pourtant, si l’on prend la peine de s’immerger dans ce monde particulier, on y découvrira de véritables merveilles comme ce Concerto pour violon Op. 47 et le fameux Cygne de Tuonela, réédités par Speaker Corners.

Un musicien tourmenté

Sibelius naît en Finlande le 8 décembre 1865 au nord d’Helsinki dans une famille lettrée. Il étudie le droit mais l’abandonne rapidement au profit de la musique.
À l’âge de 20 ans, il entre à l’Institut de musique d’Helsinki pour apprendre le violon. De 1889 à 1891, il poursuit et affine sa formation à Berlin puis à Vienne. Contrairement à ce qu’il aurait souhaité, il ne deviendra jamais un virtuose de cet instrument et n’intègrera pas l’orchestre philharmonique de Vienne. Il se tourne ensuite vers l’enseignement et la composition.
De retour à Helsinki en 1892, il y enseigne la théorie musicale. Encouragé par son entourage, malgré de longues périodes de dépression et de sérieux problèmes avec l’alcool, il se consacre presque exclusivement à la composition. Sa symphonie pour solistes, chœur et orchestre, Kullervo, le rend célèbre dans son pays. Il devient le musicien de toute une nation et obtient, par la même occasion, une bourse d’État annuelle qui lui permet de travailler l’esprit tranquille. En 1895, il compose la suite Lemminkäinen Op. 22 dont l’une des parties, Le Cygne de Tuonela, devait connaître un succès immense.

En 1904, Sibelius gagne une bourgade reculée, Järvenpää, à quarante kilomètres au nord d’Helsinki. La nature, la pureté des lacs et les nuits étoilées, la fonte des neiges et l’envol des cygnes migrateurs lui inspirent quelques-unes de ses plus belles pages orchestrales. Il ne quitte son chalet forestier que pour des tournées de concerts. En 1927, il publie ses ultimes partitions et se retranche dans un silence artistique quasi définitif jusqu’à sa mort le 20 septembre 1957, à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Sibelius a écrit sept symphonies, des poèmes symphoniques, des musiques de scène, de nombreuses pièces pianistiques et de musique de chambre…

Le cygne de Tuonela

Le Cygne de Tuonela est extrait d’une suite pour orchestre en quatre parties créée à Helsinki le 13 avril 1896. Il est inspiré des aventures de Lemminkainen que relate l’épopée populaire scandinave du Kalevala. Cette seconde partie de la suite est le plus souvent donnée en concert, extraite du reste de l’œuvre. Elle est célèbre pour son solo de cor anglais qui n’est pas sans évoquer le faune debussyste écrit à la même époque.

 

Le concerto pour violon

Terminé en 1903, l’unique concerto pour violon de Sibelius a été écrit à une époque où le compositeur connaissait la gloire. Il constitue une œuvre de transition plus proche déjà de l’esprit un rien austère des partitions suivantes. La création en 1904 à Helsinki avec le violoniste Victor Novaček et son auteur à la baguette fut un échec, souvent attribué à la technique défectueuse du soliste. Les modifications apportées l’année suivante par Sibelius eurent pour effet de condenser la structure de l’œuvre, d’alléger la partie de violon et d’enrichir la partie d’orchestre.

Cette deuxième version fut donnée avec succès – il ne s’est jamais démenti depuis – en 1905 à Berlin par Richard Strauss et le violoniste Karl Halir. Contrairement à d’autres concertos célèbres, notamment celui de Tchaïkovski, le jeu violonistique chez Sibelius est soumis à la structure musicale. L’orchestre est considéré comme un interlocuteur à part entière, à tel point que les thèmes sont répartis entre les deux protagonistes.

Une sincérité d’expression et un respect de l’écriture qui forcent l’admiration 

David Oïstrakh a sans cesse excellé dans la musique qu’il jouait. Grâce à son érudition musicale, il a toujours su exalter les grandes pages pour violon des maîtres classiques et romantiques. Il possédait une sincérité d’expression, une noblesse et un respect de l’écriture qui forcent l’admiration encore aujourd’hui, 43 ans après sa mort.

Dans cet enregistrement de 1959 du Concerto Op. 47 (COLUMBIA MS 6157), pas d’effets de manche ni de vibrato déplacé, la netteté des attaques de l’archet et la pureté du son du soliste russe illuminent à merveille la partition. L’Orchestre de Philadelphie tire sa légitimité par le soyeux de ses cordes, sa grâce, son enthousiasme et son unité, notamment dans le premier mouvement, d’une redoutable complexité : un allegro moderato qui fait entrer directement le soliste sur un trémolo de cordes reconnaissable entre tous.

Une réédition exemplaire qui se distingue par sa clarté comme son équilibre et dont l’approche saine et lumineuse est le fruit d’un beau travail d’équipe entre le chef Eugène Ormandy, l’orchestre et le « roi David ». Le plaisir est complet et s’achève sur un Cygne de Tuonela clairement architecturé à l’impact mélodique immédiat.

Dans les enregistrements historiques, on écoutera avec une grande attention la version noble et altière de Jascha Heifetz, l’élégance tonique de Ginette Neveu ou bien encore la rayonnante sonorité de Christian Ferras. Parmi les versions modernes, j’avoue un faible pour celle de Vadim Repim qui respire la sensualité et un goût prononcé pour le travail bien fait.

Philippe Demeure
pour Analog Collector

Note technique : 08/10 – Bon équilibre soliste-orchestre. Bonne dynamique et bel étagement des plans sonores. Pressage de qualité.

 

Newsletter avril 2017

DISQUAIRE DAY – NOUVEAUTÉS DISQUES & MATÉRIEL HI-FI

Le printemps du vinyle affiche un baromètre au beau fixe ! Avec une progression constante pour la cinquième année consécutive, les ventes de vinyles neufs en France ont atteint 1,7 million d’unités en 2016. Nous sommes donc de plus en plus nombreux à écouter ce format « archaïque », ce qui est un peu réjouissant tout de même ! À ce propos, je vous rappelle que la fête des disquaires indépendants, le Disquaire Day, aura lieu le samedi 22 avril… Lire la newsletter

 

«Les Liaisons dangereuses 1960», ou la résurrection d’un incunable

« Intéressé par la musique de Thelonious  Monk. Stop. Pour un film… Stop. »

C’est le contenu du télégramme envoyé en août 1958 par le producteur Marcel Romano à Harry Colomby, l’impresario de Thelonious Monk.

Fin juillet 1959, Romano organise deux sessions d’enregistrements pour la bande originale du film Les Liaisons dangereuses 1960, de Roger Vadim. Encore aujourd’hui, l’importante contribution de Monk au film (sa seule et unique participation à une BO de long métrage) n’a jamais fait l’objet d’un album et reste indissociable de la pellicule.

Monk et Marcel

À l’époque, Marcel Romano – à la fois producteur, agent et directeur musical du Club Saint-Germain (le temple du jazz dans la capitale) – avait déjà produit les BO Des femmes disparaissent avec Art Blakey and the Jazz Messengers, Un témoin dans la ville avec Barney Wilen, Kenny Dorham, Duke Jordan et Kenny Clarke et surtout Ascenseur pour l’échafaud avec Miles Davis. C’est donc tout naturellement que Roger Vadim lui donna carte blanche pour choisir les musiciens chargés d’enregistrer la BO de son prochain film, Les Liaisons dangereuses 1960.

« Le jazz faisait partie intégrante de la scène artistique
centrée autour de Saint-Germain-des-Prés.
Il était donc tout à fait logique que les jeunes réalisateurs
de la nouvelle vague utilisent dans leurs films la musique
qu’ils entendaient chaque nuit dans les clubs.
»

Thelonious Monk et Marcel Romano s’étaient rencontrés pour la première fois au début du mois de juin 1954 à Paris lors du 3e Salon du jazz à la salle Pleyel. C’était le premier séjour du pianiste à Paris et Marcel Romano était ravi de lui faire visiter la « Ville lumière » à pied. Les deux hommes se retrouvent ensuite lors des fréquents voyages de Romano à New York, où ils font également de nombreuses promenades. « On aimait bien marcher tous les deux et on faisait de très longues balades. Je me souviens qu’une fois, c’était le 4 juillet, la ville était vide et on a marché de chez lui, sur la 63e rue jusqu’à la 125e à Harlem. »

Monk et Barney, un oubli discographique majeur

Les séances d’enregistrement étaient initialement prévues à Paris, à l’occasion d’une tournée européenne de Monk à l’automne 1958. Celle-ci fut annulée à cause de l’emploi du temps surchargé du pianiste. Le producteur français doit donc se déplacer à New York pour organiser les sessions au Nola Studio. Il apporte dans ses bagages le scénario et le timing précis de chaque scène.

« Une partie des titres a été enregistrée avec Monk
accompagné de Sam Jones à la contrebasse, Art Taylor
à la batterie et Charlie Rouse et Barney Wilen au saxes ténor (…).
On peut entendre cette session dans le film, mais elle ne figure
sur aucun album. La deuxième séance eut lieu deux jours après celle
de Monk et les titres enregistrés par le groupe d’Art Blakey
ont été utilisé pour les scènes de fête chez Miguel. »

Bien que la musique de Monk occupe la place la plus importante dans la BO du film de Roger Vadim, seules les sessions d’Art Blakey and the Jazz Messengers ont fait l’objet d’un album, sorti à l’époque sur le label Fontana.

La séance d’enregistrement de Monk eut lieu le 27 juillet 1959 au Nola’s Penthouse Studio dans le Steinway Building de la 57e rue à New York, avec Tommy Nola comme ingénieur du son et Marcel Romano pour directeur artistique. Le groupe formé pour cette session était unique, en raison de l’addition du saxophoniste français Barney Wilen, au quartet habituel de Monk (Charlie Rouse au sax ténor, Sam Jones à la contrebasse et Art Taylor à la batterie). L’existence de notes de Marcel Romano ainsi qu’une bande master stéréo montrent que la sortie d’un disque 33 tours 30 cm était prévue en France, sur le label Fontana (sous-label de Phillips).

Les thèmes

Si l’on retrouve des incontournables du répertoire monkien, comme Rhythm-a-ning, Well, You Needn’t ou Crepuscule with Nellie, d’autres titres font figure de raretés, voire d’inédits. Comme Light Blue, un thème de 16 mesures dont c’est ici le seul enregistrement de studio et où le compositeur l’expérimente avec une rythmique inhabituelle. We’ll Understand It Better, By and By est la seule version enregistrée de cet hymne gospel composé par Charles Albert Tindley en 1905. Six in One, un thème en piano solo où Monk montre, encore une fois, son incroyable talent d’improvisation. D’autres titres dignes d’intérêt sont présents sur les bandes de production, comme Off Minor : une prise incomplète en trio (piano, saxophone, contrebasse) ; ou encore Epistrophy : deux prises incomplètes avec le quartet. D’autres prises incomplètes ou alternatives, des répétitions, ainsi que des discussions entre les musiciens et Marcel Romano, éclairent d’un jour nouveau les méthodes d’enregistrement de Monk. Toutes les bandes sont stéréo, 15ips (38 cm), format 1⁄4’’ et en très bon état, compte tenu de leur ancienneté. L’enregistrement est clair, avec une image stéréo large, un bruit de fond réduit et très peu de souffle.

 

DISQUE 1
A1. Rhythm-a-Ning (5:45) / A2. Crepuscule with Nellie
 (5:14) / A3. Six in One (4:26) / A4. Well, You Needn’t
 (4:57) / B1. Pannonica (solo) (2 :25) / B2. Pannonica (solo)
 (2 :54) / B3. Pannonica (quartet) (6:19) / B4. Ba-Lue Bolivar Ba-Lues-Are
 (6 :56) / B.5 Light Blue (2:44) 
/ B.6 We’ll Understand It Better By and By (1 :47).

DISQUE 2
C1. Rhythm-a-Ning (alternate 5:35) / C2. Crepuscule with Nellie (Take one 2 :26) / C3. Pannonica (45 Master 6:51) / C4. Light Blue (45 Master 4:09) / D1. Well, You Needn’t (unedited 6 :45) / D2. Light Blue (making of 14 :13).

Un projet ambitieux et une pêche miraculeuse

Les coproducteurs de ce projet sont Frédéric Thomas, François Le Xuan et Zev Feldman. Fred Thomas dirige le célèbre label français Sam Records (récompensé au CES de Las Vegas 2014), qui a notamment édité des incunables de Lester Young, Chet Baker, Donald Byrd, Barney Wilen, John Lewis et Sacha Distel… François Le Xuan est un producteur et ingénieur du son basé à Paris qui a réalisé de nombreux projets d’archives pour Universal Music, Sony, EMI et son propre label Saga Jazz. Zev Feldman, qui est basé à Los Angeles, est connu pour avoir publié, entres autres, des inédits de Bill Evans, Wes Montgomery, John Coltrane, Stan Getz, Charles Lloyd pour Resonance Records.

En 2014, Frédéric Thomas et François Le Xuan contactent des parents et des amis de Marcel Romano à la recherche d’incunables : « Nous recherchions des enregistrements inédits de Barney Wilen. Nous n’avons pas trouvé les enregistrements que nous recherchions, mais par hasard nous avons découvert un ensemble complet de bandes de studio portant le nom de Thelonious Monk ! Nous savions que Monk avait enregistré la musique du film « Les Liaisons Dangereuses 1960 », mais nous ne nous attendions pas à trouver ces bandes 55 ans après la sortie du film. Ce fut un moment assez magique ! »

Fin 2014, Zev Feldman collabore au projet en établissant le contact avec la famille Monk pour obtenir les autorisations nécessaires et pouvoir enfin éditer cette cession historique.

Présentation luxueuse en coffret, avec 2 disques vinyles 180g pressés chez Pallas en Allemagne et livret de 52 pages. Édition numérotée et limitée à 5 000 copies pour le monde. Sortie nationale le 22 avril 2017 pour le Disquaire Day.

 

Voyage de chambre

Koki NAGANO et Vincent SEGAL, Lift, LP No Format.

On ne peut pas dire que la musique de chambre encombre les bacs de vinyles des disquaires, à croire que ce genre musical n’intéresse plus les éditeurs. Faisons donc un accueil chaleureux à cette nouvelle production du label No Format. Le jeune compositeur japonais Koki Nagano interprète ses créations pour piano et violoncelle avec Vincent Segal. Cette musique de chambre contemporaine, légère et voyageuse, héritière mais facétieuse, semble aussi talentueuse que  prometteuse.

Le piano de Koki Nagano et le violoncelle
de Vincent Segal se souviennent du bois,
des cordes et des notes dont ils sont faits.

Lift est un voyage intimiste au cœur de la musique chambre, ou plus précisément de la musique en chambre. Une sorte d’ascenseur musical qui agirait comme le lit du personnage de bande dessinée Little Nemo, nous transportant avec légèreté d’un univers à l’autre. Le piano de Koki Nagano et le violoncelle de Vincent Segal se souviennent du bois, des cordes et des notes dont ils sont faits.

Le piano de Koki se souvient de Ravel et Debussy.

Le piano de Koki se souvient d’Erik Satie,

De Steve Reich et Phil Glass aussi.

Le piano de Koki se souvient d’un groove de jazz,

Le piano de Koki se souvient d’un air de pop,

Le piano de Koki se souvient d’hier et d’aujourd’hui.

Rémi Vimard
Analog Collector

 

 

Voyage à Tokyo

Bien que Thelonious Sphere Monk fut considéré comme le Grand Prêtre du be bop dès le milieu des années 1940, il demeura relativement peu connu jusqu’en 1955. Ces enregistrements pour le lable Blue Note, considérés aujourd’hui comme des « classiques » ne furent pas accueillis avec autant d’enthousiasme à l’époque. Miles Davis dira pourtant : « Monk m’a plus appris en composition musicale qu’aucun autre musicien sur la 52e rue. » Le contrat avec le label Riverside et la collaboration avec John Coltrane au Five Spot en 1957 vont faire entrer Monk dans la légende.

« Cette rencontre me mis en présence d’un des plus grands architectes
de la musique. J’ai appris de lui à tous les niveaux. Je parlais
à Monk d’un problème musical et il s’installait au piano
pour me répondre en musique. »
- John Coltrane (Down Beat).

La simplicité apparente du jeu de Monk et son présupposé manque de technique ont induit bien des professionnels et des amateurs de jazz en erreur. Au contraire, la sophistication harmonique et l’originalité de ses compositions, son remarquable sens du groove, sa rythmique audacieuse, son phrasé syncopé et percussif reconnaissable entre mille, font de Monk une figure majeure du jazz moderne.

« Utiliser les notes différemment »

En 1959 le saxophoniste ténor Charlie Rouse remplace Johnny Griffin dans le quartet de Monk, composé également du batteur Frankie Dunlop Butch Warren. Cette formation est très certainement la meilleure et la plus fusionnelle jamais formée par Monk. Pendant une dizaine d’années la relation musicale entre Charlie Rouse et le compositeur sera d’ordre télépathique. Ce quatuor de musiciens en osmose totale et au service d’un sublime minimalisme musical saura mettre en valeur la personnalité anticonformiste et politiquement incorrecte de Monk.

 

« Monk est l’exemple d’un incorruptible talent créatif. » - Bill Evans.

Le début des années 1960 marque un tournant dans la carrière de Monk, le contrat signé avec la Columbia américaine lui assure une distribution internationale, dès lors critiques et moqueries quant au style du pianiste et compositeur laissent enfin place à une reconnaissance méritée.

Monk In Tokyo est un double album enregistré sur le vif en mai 1963 au Sankei Hall de Tokyo, lors de la première tournée de Thelonious Monk au Japon. Ce témoignage rare ne fut publié que dix ans plus tard, pour le marché asiatique, sous étiquette CBS/SONY. Le programme de ce concert en deux sets comporte huit compositions de Monk et deux standards. Straight, No Chaser ouvre le bal avec une étonnante rythmique qui permet de redécouvrir ce titre. Pannonica, la magnifique ballade qui suit, est dédiée à la baronne Pannonica de Koenigswarter qui fut le véritable ange gardien de Monk. Charlie Rouse y déroule un solo d’une vibrante émotion révélant les sentiments profonds du compositeur. Monk entame ensuite sur un mode orientalisant Just A Gigolo, une de ses vieilles chansons préférées. La face 2 du premier disque enchaîne, avec une montée en puissance du quartet, Evidence, Jackie-ing, Bemsha Swing et Epistrophy. Le public japonais semble conquis par l’alchimie de cette formation et ne doute pas qu’il assiste, ce soir-là, à un concert historique d’un des plus grands quartet de jazz du moment.

« La musique de Monk est comme celle de Bach, elle possède tout ce que vous devez savoir »

Le deuxième set s’ouvre sur la reprise de I’m Getting Sentimental Over You, Monk y adopte une posture ironique qui s’oppose au sentimentalisme cher à Tommy Dorsey (le compositeur du thème). Enflammé par la ferveur de l’auditoire, le quartet enchaîne Hackensack et Blue Monk, quant au solo de Charlie Rouse sur la reprise d’Epistrophy en fin de concert, c’est à lui seul un pur moment d’anthologie. Comme le dira David Amram : « la musique de Monk est comme celle de Bach, elle possède tout ce que vous devez savoir »

Double album 180g avec pochette ouvrante SONY SOPW 69/70.

Cette production Speakers Corner est fabriquée en Allemagne de façon 100 % analogique, selon un mastering analogique à partir des bandes master. Tous les droits d’auteur et de reproduction mécanique ont été acquittés.

Musique : 10 (indispensable).
Technique : 9 (très belle gravure qui rend justice à ce live historique).

La comparaison avec l’édition originale japonaise de ma discothèque personnelle est intéressante à plus d’un titre. Il y a dès les premiers sillons une sensation d’aération plus importante sur la réédition, l’impression « d’être au concert » est saisissante. La dynamique semble également accentuée, de même que la largeur de la scène sonore et la profondeur des plans, sur la gravure de Speakers Corner. La bande passante est sensiblement plus large, la contrebasse « descend » plus bas et semble nettement plus détourée, il y a d’évidence plus de résolution. Nous sommes en droit de nous demander dans quelle mesure le passage d’une gravure en 140g (l’originale japonaise) à son clone en 180g, n’a finalement pas une incidence importante. En tout cas, à part un medium un peu plus chaud, parce que plus flou, sur la gravure originale, la réédition Speakers Corner paraît en tous points supérieure à l’édition japonaise de 1973.